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Cristallographie

La cristallographie est la science de l'ordre atomique dans les solides. Elle décrit comment les atomes s'organisent périodiquement dans l'espace, définit les symétries de cet arrangement, et permet de relier la structure microscopique aux propriétés macroscopiques des matériaux : résistance mécanique, conductivité électrique, propriétés optiques...

1 · Réseaux & Mailles 2 · Systèmes & Empilement 3 · Diffraction & Bragg 4 · Défauts & Propriétés
Table des matières — Page 1
  1. Notion de cristal et d'ordre à long portée
  2. Réseau cristallin et vecteurs de base
  3. Les 14 réseaux de Bravais
  4. Maille conventionnelle et primitive
  5. Indices de Miller
  6. Directions cristallographiques

1. Notion de cristal et d'ordre à long portée

Un cristal est un solide dans lequel les atomes (ou ions, ou molécules) sont arrangés de façon périodique et régulière dans les trois dimensions de l'espace. Cette périodicité s'étend sur de très longues distances devant la taille atomique : on parle d'ordre à long portée.

Cette définition s'oppose à celle des solides amorphes (verre, polymères non cristallisés) où l'arrangement atomique ne présente qu'un ordre local à courte portée, et aux quasi-cristaux, découverts en 1984 par Shechtman, qui présentent de l'ordre à long portée mais sans périodicité stricte (symétrie icosaédrique).

Définition formelle

Un cristal parfait est un solide dont la densité atomique $n(\mathbf{r})$ est une fonction périodique de la position : il existe un ensemble de vecteurs de translation $\{\mathbf{T}\}$ tels que $n(\mathbf{r} + \mathbf{T}) = n(\mathbf{r})$ pour tout $\mathbf{r}$.

États de la matière et degré d'ordre

Classification des solides selon leur ordre
Cristal parfaitOrdre à long portée dans les 3 directions. Ex. : NaCl, Fe, Si, diamant.
PolycristalEnsemble de grains cristallins orientés aléatoirement, séparés par des joints de grains. Ex. : métaux usuels, céramiques frittées.
Solide amorpheOrdre à courte portée uniquement (1–2 distances interatomiques). Ex. : verre de silice SiO₂.
Quasi-cristalOrdre à long portée sans périodicité. Symétries icaédriques ou décagonales impossibles pour un cristal classique.
Cristal liquideOrdre orientationnel sans ordre positionnel (phase nématique) ou ordre partiel (phase smectique).

La cristallographie exploite la symétrie de translation pour décrire un cristal par la simple donnée d'une cellule de base (la maille) et d'un ensemble de vecteurs de translation qui permettent de reconstituer le cristal entier par répétition. Cela réduit considérablement la complexité : au lieu de décrire $10^{23}$ atomes, on décrit seulement les quelques atomes contenus dans la maille.

2. Réseau cristallin et vecteurs de base

Le réseau cristallin (ou réseau de Bravais) est l'ensemble des points géométriques périodiquement distribués dans l'espace qui constituent la « charpente » mathématique du cristal. Chaque point du réseau a exactement le même environnement que tous les autres.

Réseau de Bravais — définition

Un réseau de Bravais est l'ensemble de tous les vecteurs de la forme : $$\mathbf{R} = n_1\mathbf{a}_1 + n_2\mathbf{a}_2 + n_3\mathbf{a}_3$$ où $\mathbf{a}_1, \mathbf{a}_2, \mathbf{a}_3$ sont les vecteurs primitifs (vecteurs de base) et $n_1, n_2, n_3$ sont des entiers relatifs quelconques.

Paramètres de maille

Une maille est entièrement définie par six paramètres : les longueurs $a, b, c$ des vecteurs primitifs et les angles $\alpha, \beta, \gamma$ entre eux :

Paramètres de maille (paramètres de réseau)
$$a = |\mathbf{a}_1|, \quad b = |\mathbf{a}_2|, \quad c = |\mathbf{a}_3|$$ $$\alpha = \angle(\mathbf{a}_2, \mathbf{a}_3), \quad \beta = \angle(\mathbf{a}_1, \mathbf{a}_3), \quad \gamma = \angle(\mathbf{a}_1, \mathbf{a}_2)$$
$a, b, c$ typiquement en angströms (Å) ou nanomètres · $\alpha, \beta, \gamma$ en degrés · Ces 6 paramètres définissent complètement la géométrie de la maille

Volume de la maille

Volume de la maille primitive
$$V = \mathbf{a}_1 \cdot (\mathbf{a}_2 \times \mathbf{a}_3) = abc\sqrt{1 - \cos^2\alpha - \cos^2\beta - \cos^2\gamma + 2\cos\alpha\cos\beta\cos\gamma}$$
Pour le cas cubique ($a=b=c$, $\alpha=\beta=\gamma=90°$) : $V = a^3$

Animation — Réseau 2D et vecteurs primitifs

Modifiez les paramètres de maille et visualisez le réseau bidimensionnel résultant.

3.0 Å
3.0 Å
90°
9.00
Volume maille (Ų)
Carré
Type de réseau 2D
Points / Ų

Base atomique

Le cristal réel est obtenu en associant à chaque nœud du réseau un motif (ou base) : un ensemble d'atomes de nature et de position bien définies. Si la base ne contient qu'un seul atome au nœud, la structure est dite monatomique. Sinon, la structure cristalline est le produit de convolution du réseau et de la base :

Structure cristalline = Réseau ⊗ Base
$$\rho(\mathbf{r}) = \sum_{\mathbf{R}} \sum_j f_j(\mathbf{r} - \mathbf{R} - \mathbf{d}_j)$$
$\mathbf{R}$ : vecteurs du réseau · $\mathbf{d}_j$ : position du $j$-ème atome dans la base · $f_j$ : densité électronique de l'atome $j$

3. Les 14 réseaux de Bravais

En 1848, Auguste Bravais démontra qu'il n'existe que 14 types de réseaux tridimensionnels compatibles avec la symétrie de translation, répartis en 7 systèmes cristallins. Cette classification est fondamentale : elle garantit que tout cristal appartient à l'un de ces 14 réseaux.

Les 7 systèmes cristallins et leurs réseaux de Bravais
Cubique $a=b=c$, $\alpha=\beta=\gamma=90°$ · 3 réseaux : P, I (centré), F (faces)
Quadratique $a=b\neq c$, $\alpha=\beta=\gamma=90°$ · 2 réseaux : P, I
Orthorhombique $a\neq b\neq c$, $\alpha=\beta=\gamma=90°$ · 4 réseaux : P, C, I, F
Hexagonal $a=b\neq c$, $\alpha=\beta=90°$, $\gamma=120°$ · 1 réseau : P
Trigonal (rhomboédrique) $a=b=c$, $\alpha=\beta=\gamma\neq 90°$ · 1 réseau : R
Monoclinique $a\neq b\neq c$, $\alpha=\gamma=90°\neq\beta$ · 2 réseaux : P, C
Triclinique $a\neq b\neq c$, $\alpha\neq\beta\neq\gamma$ · 1 réseau : P

Les symboles P, I, C, F, R désignent le type de centrage : P = primitif (nœuds aux sommets seulement), I = centré corps (Innenzentriert, nœud au centre), F = centré faces (nœuds au centre de chaque face), C = centré base (nœuds au centre des faces supérieure et inférieure), R = rhomboédrique.

Animation — Réseaux cubiques : SC, BCC, FCC

Sélectionnez un réseau et faites tourner la maille pour visualiser les positions atomiques.

30°
20°
3.52 Å
Atomes / maille
Coordinence
Compacité
Rayon atomique

4. Maille conventionnelle et maille primitive

La maille primitive est le plus petit parallélépipède dont la répétition par translation engendre tout le réseau. Elle contient exactement 1 nœud par maille (les nœuds aux sommets sont partagés entre plusieurs mailles). La maille primitive n'est pas unique : on peut en choisir plusieurs différentes pour le même réseau.

La maille de Wigner-Seitz est une maille primitive particulièrement symétrique : c'est la région de l'espace plus proche d'un nœud donné que de n'importe quel autre nœud. Elle est construite par les plans médiateurs des segments reliant le nœud central à ses voisins.

La maille conventionnelle est choisie pour mettre en évidence la symétrie du cristal, même si elle contient plusieurs nœuds (2 pour BCC, 4 pour FCC). Elle est définie par les paramètres de réseau $a, b, c, \alpha, \beta, \gamma$.

Nombre d'atomes par maille conventionnelle
Cubique simple (SC / P)$8 \times \frac{1}{8} = 1$ atome
Cubique centré corps (BCC / I)$8 \times \frac{1}{8} + 1 = 2$ atomes
Cubique centré faces (FCC / F)$8 \times \frac{1}{8} + 6 \times \frac{1}{2} = 4$ atomes
Hexagonal compact (HCP)$2$ atomes par maille primitive
Densité atomique volumique

La densité volumique d'atomes est $n = N/V$ où $N$ est le nombre d'atomes par maille et $V$ le volume de la maille. La masse volumique théorique vaut $\rho = nM/N_A$ où $M$ est la masse molaire atomique et $N_A$ le nombre d'Avogadro.

Animation — Maille primitive vs conventionnelle

Visualisez la maille de Wigner-Seitz en 2D et le calcul du nombre d'atomes par maille.

1
Atomes / maille primitive
Carré
Forme Wigner-Seitz

5. Indices de Miller

Les indices de Miller $(hkl)$ sont une notation standardisée permettant d'identifier sans ambiguïté n'importe quel plan réticulaire d'un cristal. Introduits par William Hallowes Miller en 1839, ils sont aujourd'hui universellement utilisés en cristallographie, diffraction des rayons X et métallurgie.

Procédure de détermination

Pour trouver les indices de Miller d'un plan :

  1. Identifier les intersections du plan avec les axes cristallographiques $a$, $b$, $c$ en unités de paramètres de maille : $(p, q, r)$.
  2. Prendre les inverses : $(1/p, 1/q, 1/r)$.
  3. Multiplier par le plus petit entier qui rend tous les inverses entiers.
  4. Écrire le résultat $(hkl)$ sans virgules. Un indice négatif est noté avec une barre : $\bar{h}$ (lu "h barre").
Indices de Miller — cas particuliers importants
$$\text{Plan } (100) : \text{perpendiculaire à } \mathbf{a}_1$$ $$\text{Plan } (110) : \text{coupe } \mathbf{a}_1 \text{ et } \mathbf{a}_2, \text{ parallèle à } \mathbf{a}_3$$ $$\text{Plan } (111) : \text{coupe les trois axes en } a, b, c$$
La famille de plans $\{hkl\}$ regroupe tous les plans équivalents par symétrie · L'espacement interréticulaire $d_{hkl}$ est la distance entre plans parallèles $(hkl)$ consécutifs

Distance interréticulaire

La distance entre deux plans $(hkl)$ consécutifs est cruciale pour la diffraction. Dans le cas cubique :

Distance interréticulaire — système cubique
$$d_{hkl} = \frac{a}{\sqrt{h^2 + k^2 + l^2}}$$
Pour les autres systèmes la formule est plus complexe. Pour le système hexagonal : $\dfrac{1}{d_{hkl}^2} = \dfrac{4}{3}\dfrac{h^2+hk+k^2}{a^2} + \dfrac{l^2}{c^2}$

Animation — Plans de Miller interactifs

Choisissez les indices $h$, $k$, $l$ et visualisez le plan correspondant dans la maille cubique.

1
0
0
3.52 Å
(100)
Plan de Miller
Distance $d_{hkl}$
Multiplicité
Description

6. Directions cristallographiques

Les directions dans un cristal sont notées $[uvw]$ où $u$, $v$, $w$ sont des entiers (positifs ou négatifs) proportionnels aux composantes du vecteur directeur sur les axes cristallographiques. La famille de directions équivalentes par symétrie est notée $\langle uvw \rangle$.

Directions importantes dans le cubique
$[100], [010], [001]$Arêtes du cube · Famille $\langle 100 \rangle$ (6 directions)
$[110], [1\bar{1}0]$, ...Diagonales des faces · Famille $\langle 110 \rangle$ (12 directions)
$[111], [1\bar{1}\bar{1}]$, ...Grandes diagonales · Famille $\langle 111 \rangle$ (8 directions)
Relation plan–direction dans le cubique

Dans un système cubique uniquement, la direction $[hkl]$ est perpendiculaire au plan $(hkl)$. Cette propriété n'est pas vraie dans les autres systèmes cristallins où la métrique n'est pas orthonormée.

Exemple — Calcul de distance interréticulaire

Le nickel (Ni) a une structure FCC avec $a = 3{,}524\ \text{Å}$. Calculons $d_{111}$ :

$$d_{111} = \frac{3{,}524}{\sqrt{1^2+1^2+1^2}} = \frac{3{,}524}{\sqrt{3}} = \frac{3{,}524}{1{,}732} \approx 2{,}034\ \text{Å}$$

Cette distance apparaîtra comme un pic de diffraction X à l'angle de Bragg correspondant (voir page 3).

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