Licence · Sciences des matériaux

Cristallographie — Page 3

1 · Réseaux & Mailles 2 · Systèmes & Empilement 3 · Diffraction & Bragg 4 · Défauts & Propriétés
Table des matières — Page 3
  1. Rayons X et cristaux — principe
  2. Loi de Bragg
  3. Construction d'Ewald et réseau réciproque
  4. Facteur de structure et règles d'extinction
  5. Diffractogramme DRX et indexation
  6. Méthodes de diffraction

1. Rayons X et cristaux — principe

La diffraction des rayons X (DRX) est la technique d'analyse structurale la plus puissante pour les matériaux cristallins. Elle repose sur l'interaction entre un faisceau de rayons X monochromatiques et les plans réticulaires du cristal. Depuis la découverte par von Laue en 1912, elle a permis de résoudre des milliers de structures cristallines, des simples sels aux protéines les plus complexes.

Les rayons X ont des longueurs d'onde typiquement entre $0{,}5$ et $2{,}5\ \text{Å}$ — comparable aux distances interatomiques dans les cristaux ($1 \text{–} 5\ \text{Å}$). C'est cette coïncidence d'échelle qui rend possible la diffraction : les plans atomiques jouent le rôle d'un réseau de diffraction tridimensionnel.

Diffusion et diffraction

Chaque atome diffuse les rayons X dans toutes les directions (diffusion élastique Thomson). La diffraction est le phénomène d'interférences constructives entre les ondes diffusées par l'ensemble des atomes du réseau. Elle n'a lieu que dans des directions précises définies par la géométrie du réseau.

Sources de rayons X

Types de sources X utilisées en diffraction
SourceLongueur d'ondeFlux (photons/s/mm²)Usage
Tube scellé (Cu Kα)1.5406 Å~10⁶Laboratoire standard
Tube rotatif (Mo Kα)0.7107 Å~10⁸Monocristal, haute résolution
Synchrotron0.1 – 3 Å (accordable)~10¹⁵Structures complexes, temps réel
Neutrons (réacteur)0.5 – 5 Å~10⁷Localisation H, magnétisme

2. Loi de Bragg

En 1913, William Lawrence Bragg proposa un modèle simple et élégant pour expliquer la diffraction des rayons X par un cristal : les plans réticulaires se comportent comme des miroirs partiels pour les rayons X. L'interférence est constructive si la différence de marche entre deux rayons réfléchis par des plans consécutifs est un multiple entier de la longueur d'onde.

Loi de Bragg — condition de diffraction
$$2\,d_{hkl}\,\sin\theta = n\,\lambda$$
$d_{hkl}$ : distance interréticulaire entre plans $(hkl)$ (en Å) · $\theta$ : angle de Bragg (demi-angle de déviation) · $n$ : ordre de diffraction (entier) · $\lambda$ : longueur d'onde des rayons X (en Å)

La différence de marche entre deux rayons réfléchis sur des plans adjacents vaut $\delta = 2d\sin\theta$. Pour une interférence constructive : $\delta = n\lambda$, d'où la loi de Bragg. Physiquement, l'ordre $n$ peut toujours être absorbé dans l'indice de Miller : le plan d'ordre $n=2$ pour $(hkl)$ est équivalent à l'ordre $n=1$ pour $(2h,2k,2l)$.

Contraintes sur l'angle de Bragg

Puisque $\sin\theta \leq 1$, la loi de Bragg impose : $$d_{hkl} \geq \frac{\lambda}{2}$$

Cette limite est cruciale : seuls les plans dont $d_{hkl} \geq \lambda/2$ peuvent diffracter. Pour explorer une grande partie de l'espace réciproque, il faut utiliser des rayons X de courte longueur d'onde (Mo Kα) ou des neutrons.

Animation — Loi de Bragg et diffraction

Schéma interactif : faites varier l'angle θ et la longueur d'onde pour visualiser les conditions de diffraction.

21.0°
1.54 Å
2.09 Å
Angle $2\theta$ de diffraction
Ordre $n$
Diff. de marche $\delta$
Condition

3. Réseau réciproque et construction d'Ewald

Le réseau réciproque est l'espace de Fourier du réseau direct. Il formalise de manière très élégante les conditions de diffraction. À chaque plan $(hkl)$ du réseau direct correspond un point $(h,k,l)$ du réseau réciproque, situé à une distance $1/d_{hkl}$ de l'origine dans la direction normale au plan.

Vecteurs du réseau réciproque
$$\mathbf{b}_1 = 2\pi\frac{\mathbf{a}_2 \times \mathbf{a}_3}{\mathbf{a}_1\cdot(\mathbf{a}_2\times\mathbf{a}_3)}, \quad \mathbf{b}_2 = 2\pi\frac{\mathbf{a}_3 \times \mathbf{a}_1}{\mathbf{a}_1\cdot(\mathbf{a}_2\times\mathbf{a}_3)}, \quad \mathbf{b}_3 = 2\pi\frac{\mathbf{a}_1 \times \mathbf{a}_2}{\mathbf{a}_1\cdot(\mathbf{a}_2\times\mathbf{a}_3)}$$
Propriété fondamentale : $\mathbf{a}_i \cdot \mathbf{b}_j = 2\pi\delta_{ij}$ · Dans le cubique : $\mathbf{b}_i = (2\pi/a)\hat{e}_i$, le réseau réciproque du FCC est BCC et vice-versa

Construction d'Ewald

La sphère d'Ewald est un outil géométrique pour trouver graphiquement tous les plans qui satisfont simultanément la loi de Bragg. On dessine dans l'espace réciproque une sphère de rayon $1/\lambda$ centrée sur l'extrémité du vecteur d'onde incident $\mathbf{k}_i$. La condition de diffraction (loi de Bragg) est satisfaite pour un nœud du réseau réciproque $\mathbf{G}_{hkl}$ si et seulement si ce nœud se trouve sur la sphère d'Ewald.

Condition de von Laue — équivalent vectoriel de la loi de Bragg
$$\mathbf{k}_f - \mathbf{k}_i = \mathbf{G}_{hkl}$$
$\mathbf{k}_i = 2\pi/\lambda \cdot \hat{n}_i$ : vecteur d'onde incident · $\mathbf{k}_f$ : vecteur d'onde diffracté · $\mathbf{G}_{hkl} = h\mathbf{b}_1 + k\mathbf{b}_2 + l\mathbf{b}_3$ : vecteur du réseau réciproque

Animation — Sphère d'Ewald (vue 2D)

La sphère d'Ewald tourne autour de l'origine. Les nœuds sur la sphère donnent lieu à diffraction.

1.54 Å
15°
1.22 Å⁻¹

4. Facteur de structure et règles d'extinction

La loi de Bragg donne les directions de diffraction possibles mais ne dit pas si l'intensité du pic est nulle ou non. Le facteur de structure $F_{hkl}$ détermine l'amplitude de l'onde diffractée par la maille complète, en tenant compte des interférences entre les différents atomes de la base :

Facteur de structure
$$F_{hkl} = \sum_{j=1}^{N} f_j \, e^{2\pi i (h x_j + k y_j + l z_j)}$$
$f_j$ : facteur de diffusion atomique (fonction de $\sin\theta/\lambda$) · $(x_j, y_j, z_j)$ : coordonnées fractionnaires de l'atome $j$ dans la maille · $N$ : nb d'atomes dans la base · L'intensité est $I_{hkl} \propto |F_{hkl}|^2$

Règles d'extinction systématique

Quand $F_{hkl} = 0$, la réflexion $(hkl)$ est absente même si la loi de Bragg est satisfaite. Ces extinctions systématiques sont la signature du type de centrage :

Règles d'extinction pour les structures cubiques
StructureRéflexions permisesCondition
SC (P)Toutes permisesAucune restriction
BCC (I)$h+k+l =$ pair100, 111, 210... absentes
FCC (F)$h,k,l$ tous pairs OU tous impairs110, 210, 211... absentes
Diamant (F+base)FCC + $h+k+l \neq 4n$ si tous impairs222 absente supplémentaire
Calcul du facteur de structure — BCC

BCC : 2 atomes identiques en $(0,0,0)$ et $(1/2,1/2,1/2)$ :

$$F_{hkl} = f\left[e^{2\pi i(0)} + e^{2\pi i(h/2+k/2+l/2)}\right] = f\left[1 + e^{i\pi(h+k+l)}\right]$$

Si $h+k+l$ est pair : $F = 2f$ → pic présent avec $|F|^2 = 4f^2$

Si $h+k+l$ est impair : $F = 1 + e^{i\pi} = 1 - 1 = 0$ → pic absent (extinction)

Animation — Règles d'extinction et intensités relatives

Diffractogramme simulé pour différentes structures : les pics absents révèlent le type de réseau.

1.54 Å
3.615 Å

5. Diffractogramme DRX et indexation

Un diffractogramme de poudre (méthode de Debye-Scherrer) est le graphe de l'intensité diffractée en fonction de l'angle $2\theta$. Chaque pic correspond à une famille de plans $(hkl)$ satisfaisant la loi de Bragg. L'indexation consiste à attribuer les indices $(hkl)$ à chaque pic.

Méthode d'indexation dans le cubique

À partir de la loi de Bragg et de la formule de la distance interréticulaire cubique :

Positions des pics dans le cubique
$$\sin^2\theta_{hkl} = \frac{\lambda^2}{4a^2}(h^2 + k^2 + l^2)$$
Les rapports $\sin^2\theta_i / \sin^2\theta_1$ permettent d'identifier la structure par la séquence des valeurs de $N = h^2+k^2+l^2$
Séquence de $N = h^2+k^2+l^2$ selon la structure cubique
$N$$(hkl)$SCBCC ($N$ pair)FCC (parité unique)Diamant
1(100)
2(110)
3(111)
4(200)✗ (si diam.)
5(210)
6(211)
8(220)
11(311)
Détermination du paramètre de maille

Une fois les pics indexés, le paramètre $a$ peut être déterminé avec précision. La méthode de Nelson-Riley utilise une extrapolation graphique en $\cos^2\theta$ pour corriger les erreurs systématiques et obtenir la valeur exacte de $a$. La précision atteignable est $\Delta a / a \sim 10^{-4}$.

6. Méthodes de diffraction

Principales méthodes de diffraction des rayons X
MéthodeÉchantillonλ variable ?Application principale
Méthode de LaueMonocristal fixeOui (faisceau blanc)Orientation du cristal, symétrie
Méthode de Bragg (oscillation)Monocristal tournantNon (monochromatique)Résolution de structure, protéines
Méthode des poudres (Debye-Scherrer)Poudre (cristaux orientés aléatoirement)NonIdentification de phases, paramètre $a$
Méthode de GuinierPoudre (fine)NonPrécision sur $a$, texture
DRX en incidence rasante (GIXRD)Film mince / surfaceNonCouches minces, contraintes résiduelles

Largeur de pic et taille de cristallite — formule de Scherrer

Dans un diffractogramme de poudre, les pics ne sont pas infiniment fins. La largeur à mi-hauteur (FWHM) $\beta$ d'un pic de diffraction est reliée à la taille moyenne des cristallites $D$ par la formule de Scherrer :

Formule de Scherrer
$$D = \frac{K\lambda}{\beta\cos\theta}$$
$K \approx 0{,}89$ (facteur de forme de Scherrer pour des cristallites sphériques) · $\beta$ : largeur à mi-hauteur en radians · La largeur est aussi affectée par les contraintes internes (analyse de Williamson-Hall)
Exemple — Analyse DRX du cuivre

Le cuivre (FCC, $a = 3{,}615\ \text{Å}$) avec Cu Kα ($\lambda = 1{,}5406\ \text{Å}$). Pic (111) :

$$\sin\theta_{111} = \frac{\lambda}{2d_{111}} = \frac{1{,}5406}{2 \times 3{,}615/\sqrt{3}} = \frac{1{,}5406}{4{,}175} = 0{,}3690 \Rightarrow \theta = 21{,}6°$$

Donc le premier pic du diffractogramme Cu est à $2\theta = 43{,}2°$.

Premier pic BCC (Fe, $a=2{,}87\ \text{Å}$) : plan (110), $d_{110} = a/\sqrt{2} = 2{,}029\ \text{Å}$, $2\theta = 44{,}7°$.

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